Les Tocs : une obsession du doute

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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Désignés de nos jours sous le terme de « névrose obsessionnelle » dans le langage psychanalytique, les Tocs font partis des troubles anxieux et se composent de deux versants : celui des obsessions et celui des compulsions. Quels sont les mécanismes du Toc? Mise au point.


Auteur Photo: Pezibear (Image libre de droits - Pixabay)



A travers l'histoire, le Toc a eu différentes appellations. Janet, qui fut le premier à décrire ce trouble le nomma "monomanie raisonnante" dès 1838. Ensuite, Janet en 1903 parla de "psychanesthenie" et c'est Freud en 1905 qui différencia les phobies des obsessions. En effet, ces dernières seraient déclenchées par des idées et non un objet extérieur. Le Toc toucherait environ 2 à 3% de la population générale (Rasmussen & Eisen, 1989).



Le rapport obsession-compulsion



Les obsessions sont des pensées ou des images qui s’imposent à l’esprit et qui font irruption brutalement et de façon répétitive. Elles sont conscientes et intrusives et présentent un caractère absurde ou déplacé. La survenue de ces pensées ou images est source d’angoisse et de malaise incontrôlé pour les personnes qui en souffrent. Ces derniers reconnaissent que leurs obsessions sont des inventions irréalistes et excessives de leur imagination mais elles ne peuvent s’en défaire, ce qui les conduit à un grand sentiment d’impuissance. Ces pensées ou images sont sous tendues par des thèmes d’obsessions qui dépassent l’idée fixe. Elles ne sont pas liées à un événement particulier de la vie, restent constantes et ne sont jamais liées à un sentiment de plaisir.


"Dans le but d’apaiser l’angoisse, les personnes atteintes de Toc adoptent des compulsions sous formes de rituels. Ce sont des actes délibérés et stéréotypés dont l’objectif est de neutraliser les idées obsédantes. "

Les rituels peuvent devenir des fixations et se poursuivre pendant des heures. Les personnes atteintes de Toc évitent parfois les situations qui risquent de déclencher des symptômes et, sachant que leurs pensées et leurs actions sont irréalistes, elles ont parfois de la difficulté à communiquer leurs préoccupations.


Les personnes souffrantes de TOC procrastinent souvent et se plaignent d’une lenteur et d’un ralentissement dans l'action. Cette lenteur peut devenir extrême et créer un syndrome de lenteur obsessionnel (SLO). Ce syndrome nait d'un besoin de se montrer hyperméticuleux et perfectionniste dans la vie quotidienne.


Il existe différentes formes cliniques du toc comme par exemple :


- Les « laveurs » : les obsessions naissent d’un objet extérieur et peuvent être des

phobies. Les rituels vont consister à se laver les mains plusieurs fois par jour, à éviter

de toucher des objets...


- Les « vérificateurs » : les pensées obsédantes viennent de la peur d’une catastrophe et

pour prévenir ces catastrophes, les rituels vont consister à vérifier la place des objets,

l’électricité, le gaz...


Les « ruminateurs » : les obsessions ont trait au doute, à la culpabilité, à des pensées

sexuelles inacceptables...Les rituels comportementaux sont peu présents

contrairement aux deux types précédents.


- Les phobies d’impulsions renvoient à la peur de perdre le contrôle de soi et d’être

soumis à une pulsion irrépressible en général criminel (pousser quelqu’un sur les rails

du métro, poignarder quelqu’un...). Les rituels vont consister à ranger soigneusement

des couteaux par exemple.


- L’ordre et la symétrie : Les objets doivent être rangés de façon drastique, les gestes

faits selon un certain ordre dans l’enchainement (habillage...).


- Les procrastinateurs : Le sujet n’arrive plus à prendre une décision et remet toujours

à plus tard la réalisation d’une tâche, ce qui le conduit à l’immobilisme.


- Les accumulateurs : le sujet est incapable de se séparer d’objets qui n’ont pas de

valeur affective. Ainsi, il accumule et entasse.


On peut citer également les obsessions religieuses ou les obsessions de malheur. Dans

une perspective cognitivo-comportementale, Salkovskis (1985) pense que ces obsessions

existeraient chez le sujet sain parce qu’il a pu s’y habituer. Elles deviendraient pathologiques

lorsque le phénomène d’habituation ne se fait pas et lorsque le retentissement en terme de

perte de temps est grand (plus d’une heure par jour selon le DSM).



La théorie comportementale et cognitive



Il existe une activation émotionnelle anormalement élevée lors de la confrontation à un stimulus extérieur, qui provoquerait une augmentation de l’angoisse. Ceci s’expliquerait par une lenteur d’habituation émotionnelle. Une fois un lien établi entre un objet et le sentiment de peur, les personnes atteintes de Toc évitent les choses qu’elles redoutent au lieu de les confronter ou de tolérer la peur qu’elles en ont (Marks, 1987).


Les personnes interprètent et évaluent mal leurs pensées intrusives ce qui va entrainer des pensées automatiques négatives (PAN) avec un niveau élevé de croyance en celles-ci. Cela peut entrainer un niveau élevé d’anxiété et d’autres sentiments négatifs tels que la honte, la culpabilité et le dégout. L’association d’un danger exagéré à leurs pensées se fait à cause de croyances erronées (Cottraux, 1998 ).


Les schémas cognitifs de responsabilité excessive, d’intolérance au doute, de surestimation de la probabilité de survenue d’un danger et de sa sévérité ainsi que de perfectionnisme, associés ou non à un syndrome de lenteur obsessionnel constituent des traits cognitifs centraux dans le TOC et conduisent tous à des comportements de procrastination et à une inhibition de l’action.


En procrastinant, la personne évite et retarde le moment de réaliser une action qui comprend le risque de ne pas satisfaire à ses exigences de perfection, de certitude concernant la qualité de cette action et les conséquences encourues dont il pourrait être responsable. Ces traits cognitifs participent tous d’une attitude de procrastination en tant qu’ils allongent le temps de réaction face à une situation ou une stimulation pour laquelle la personne doit fournir une réponse comportementale.


Par ailleurs, beaucoup de patients Toc se culpabilisent énormément vis-à-vis de leurs pensées intrusives et se contrôlent avec les rituels. Le contenu des pensées intrusives est considéré ou ressenti comme un tabou, un signe d’anormalité et /ou un fonctionnement immoral ou méchant. Ils se jugent sévèrement. De plus, ils éprouvent très souvent un sentiment d’infériorité dans leurs pensées intrusives : « J’ai peur d’être salie, car je risque d’être contaminée, je serai donc malade, alors je ne serai pas plus performant ou je serai plus faible par rapport aux autres. »



Lecture analytique



Dans le modèle de la névrose obsessionnelle, le Toc résulterait d’un conflit entre deux énergies : celles des pulsions inconscientes (sexuelles, agressivité…) et celles de la répression effectuée par le Surmoi (instance qui guide notre loi morale, nos valeurs). Ce conflit va obliger le Moi à établir un compromis se traduisant par l’idée obsédante et le rituel.

Ce conflit intrapsychique va générer non seulement une importante culpabilité mais aussi de l’angoisse et de l’anxiété. Autrement dit, la personne n'arrive pas à négocier entre ses pulsions (émotions, "je veux") et sa loi morale ("je dois", "il faut");



Il existe aujourd'hui un arsenal thérapeutique pour venir en aide aux personnes de Tocs. Les thérapies cognitives et comportementales, les thérapies d'inspiration analytiques s'associent souvent à la prise de psychotropes pour sortir du trouble. Dans les formes les plus sévères, la stimulation cérébrale profonde peut être indiquée. Il est important dès le début des troubles de consulter, notamment si ces troubles débutent dans l'enfance.



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Cottraux J. Les ennemis intérieurs: obsessions et compulsions. Odile Jacob, 1998


Marks, I. M. (1987). Fears, phobias, and rituals. Oxford, UK: Oxford University Press.


Rasmussen, S. A., & Eisen, J. L. (1988). Clinical and epidemiological findings of significance to neuro-pharmacologic trials in obsessive compulsive disorder. Psychopharmacological Bulletin, 24, 466–470.


Salkovskis, P. M., & Warwick, H. M. C. (1985). Cognitive therapy of obsessive-compulsive disorder: Treating treatment failures. Behavioural Psychotherapy, 13, 243–255.