Les surdoués: pourquoi souffrent-ils?

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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Contrairement aux idées reçues, les personnes surdouées ou "haut potentiel intellectuel"

ont des parcours scolaires irréguliers voire chaotiques. Certains se construisent avec de vraies difficultés psychologiques et émotionnelles. Le diagnostic et l'accompagnement restent essentiels. Quelles sont les difficultés rencontrées par ces personnes?.


Auteur Photo: un-perfekt (Image libre de droits - Pixabay)



On constate que près de 50% des élèves surdouées ressentent des difficultés scolaires, avec au moins 1 année de redoublement. Le repérage et le diagnostic de ces élèves surdoués est très insuffisants de nos jours. En effet, les élèves surdoués qui réussissent brillamment sont souvent mieux repérés et diagnostiqués car ils répondent à l'image que nous attendons d'un surdoué.



La question du diagnostique



Habituellement, on parle de surdoué à partir du test d'intelligence de Wechsler. Le score de 130 est le score retenu pour parler de surdouance. Cependant, de plus en plus, ce score seuil est remis en cause car il existe des biais affectifs et des spécificités cognitives qui peuvent réduire le score global. Le diagnostic se fait en réalité non seulement sur le test mais aussi sur les éléments cliniques. Un diagnostic de surdouance peut être posé même avec un score global normal au test. Le test de QI est uniquement un indice qui oriente le diagnostic mais il ne fait pas le diagnostic.


" C'est une exploration clinique alliant les dynamiques intellectuelles et émotionnelles qui vont permettre de poser un diagnostic et non un chiffre de QI réducteur."


Le fonctionnement intellectuel du surdoué



Etre surdoué signifie faire fonctionner son intelligence autrement. Ce n'est pas un apprentissage. Les personnes naissent avec cette particularité. Ils font des liens très rapides entre des concepts et intègrent très vite ce qu'ils apprennent. Cette rapidité d'intégration fait qu'ils ont l'impression de ne jamais rien savoir.


L'imagerie cérébrale a mis en évidence que les réseaux de neurones sont plus activés chez les personnes surdouées qui peuvent avoir du mal à mettre leur tête au repos et appuyer sur le bouton off. La transmission des informations au niveau synaptique se fait de façon plus rapide et se distribuent dans le cerveau de façon multispatiale. Ainsi, ces personnes pensent de façon arborescente et très rapidement. Les personnes surdouées rapportent souvent qu'elles ont du mal à expliquer leur raisonnement et les étapes de leur raisonnement. Souvent, ils savent des choses mais ne savent pas comment ni pourquoi ils les savent.


Il n'est pas rare de voir des élèves se saboter intellectuellement (inhibition intellectuelle) afin d'avoir l'illusion d'être comme les autres. Ils peuvent aller jusqu'à développer une phobie scolaire. Le rapport avec l'apprentissage à l'école et les enseignants peut être compliqué. L'élève surdoué ne comprend pas toujours l'intérêt de certains apprentissages, ne comprends pas toujours les implicites de l’école ou les attentes de l'enseignant.


Le besoin de mettre du sens est au centre des préoccupations de la personne surdouée. Si l'élève comprend le sens de ce qu'il apprend et que l'enseignant est émotionnellement sécurisant, sa motivation sera renforcée. Dans le cas contraire, il peut se découragé, se dévalorisé et perdre toute motivation.



Les dynamiques émotionnelles chez le surdoué



Les personnes surdouées sont souvent reconnues comme hypersensibles. Elles réagissent avec beaucoup d'intensité aux informations de l'environnement. L’hyperesthésie (capacité développée de l’ensemble de cinq sens) renforce cette hypersensibilité émotionnelle.

Elles décrivent souvent des situations où elles traitent plusieurs informations en même temps. Lors d'une discussion, elles vont aussi être attentives à l'environnement, écouter les conversations des autres personnes, voir des détails qui chez la plupart des gens passeraient inaperçus.


Du fait d'être un grand récepteur des informations provenant de l'extérieur et du manque de filtre entre elles et l'environnement, les émotions sont exacerbés et parfois débordent. Par ailleurs, elles se font contaminer par les émotions des autres, ce qui les fragilisent psychologiquement et complexifient les relations avec les autres.


Nous constatons régulièrement un écart de maturité entre les capacités intellectuelles et la capacité de gestion des émotions. Les personnes surdouées ont besoin d'être reconnus et encouragés afin de ne pas douter sans cesse de ses capacités et d'arriver à construire une bonne estime d'eux mêmes.


A l'adolescence, s'il n 'a pas été diagnostiqué et accompagné, la construction identitaire sera plus fragile. Nous pouvons voir apparaitre des troubles psychologiques émergés pendant cette période. Ayant une vision du monde assez lucide, ces personnes sont guidées par des sentiments d'injustice qu'ils peuvent avoir du mal à négocier et à accepter. La lucidité exacerbée sur le monde et sur les autres rend difficile la sérénité et la cohérence intérieure.


La personne surdouée tente de mettre à distance ses émotions par son intelligence et de ce fait, en cherchant à fuir les émotions trop débordantes, elle peut s'enfermer dans des processus addictifs ou des troubles du comportement. Le sentiment de différence que ressent cette personne est constant. Même si elle construit des relations sociales, elle se sent en décalage et est souvent perçue comme étant spécial ou différente. Elle doit s'adapter sans cesse aux autres, parfois l'amenant à construire un faux-self et l'empêchant d'être complètement la personne qu'elle est. De là, nait des troubles de l'estime de soi et des risques de dépression.


Souvent, les personnes rapportent leur désir d'être normales, comme les autres et cherchent à rentrer dans une case dans laquelle elles n'arrivent jamais à rentrer. La colère est l'émotion la plus difficile à gérer pour elles en raison des ambivalences que cette émotion provoque. La colère se porte sur soi, sur le monde et son absurdité, sur les autres et leur manque de tolérance ou leur superficialité par exemple.


Etre surdoué est uniquement un mode de fonctionnement parmi d'autres et non une pathologie. Afin d'accompagner au mieux ces personnes, il est primordial de renforcer

les formations des professionnels et du personnel éducatif afin de leur permettre au mieux de se développer et se construire avec leurs particularités sans avoir à se cacher.