Les dysfonctions sexuelles: quelques exemples

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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Ce n'est qu'en 1977 que le désir sexuel a été reconnu comme faisant partie de la séquence sexuelle. Avant cette date, le rapport sexuel n'était observé que par la prisme de la physiologie. Notre vie sexuelle peut être rythmée par certains troubles, temporaires ou non qui peuvent avoir des conséquences sur notre épanouissement. Voici quelques exemples de ces dysfonctions sexuelles.


Auteur Photo: sasink (Image libre de droits - Pixabay)



Homme ou femme, le rapport sexuel s'organise autour de 4 étapes: la phase de désir (le souhait d'avoir une relation), la phase d'excitation représentée par l'érection chez l'homme et la lubrification vaginale chez la femme, la phase en plateau (l'acte sexuel en lui-même procurant du plaisir et se terminant parfois par un orgasme) et la phase de résolution qui correspond à la diminution de l'excitation.


Lorsque nous parlons de troubles sexuels, nous faisons référence à ces étapes et au fait que chacune d'entre elles peuvent être touchées. En effet, il existe des troubles du désir (absence d'envie ou à l'inverse envie excessive), des troubles de l'excitation ( vaginisme, douleur, absence d'érection), des troubles du résultat (absence d'orgasme, éjaculation précoce).


La sexualité, même masculine, s'organise autour de la dimension physiologique mais aussi affective et culturelle En psychiatrie, les troubles sexuels comprennent les dysfonctions sexuelles, les paraphilies, et les troubles de l’identité sexuelle. Nous allons nous arrêter uniquement sur les dysfonctions sexuelles.


Selon le DSM, les dysfonctions sexuelles comprennent pour les deux sexes des troubles du désir, de l’excitation et de l’orgasme (anorgasmie), les troubles sexuels avec douleur (dyspareunie). Il existe aussi les dysfonctions sexuelles dues à une affection médicale et celles induites par une substance.


"Les dysfonctions sexuelles affectent la qualité de vie et l'estime des personnes qui en sont atteintes, d'où l'importance de consulter un spécialiste si le trouble dure dans le temps."


Les troubles du désir sexuel



Les troubles du désir sexuel concernent:


- la baisse du désir sexuel ( appelée encore trouble du désir hypoactif) qui renvoie à l'absence persistante ou répétée de fantasmes d'ordre sexuel et de désir d'activité sexuelle.


- l'aversion sexuelle se manifestant par un dégout extrême et un évitement des contacts génitaux avec un partenaire sexuel.


Ces troubles résultent souvent de problèmes de couple en dehors de raisons médicales.


Selon une étude de Banchi-Demicheli en 2011, il existerait un réseau neuronal du désir sexuel démontré en imagerie cérébrale. En étudiant les réponses neuronales de personnes touchées par un trouble du désir sexuel, ils constatent, en plus d'une hypoactivation de ce réseau lié au désir sexuel, une hyperactivation des zones cognitives liées à la représentation de soi, le contrôle de la prise de décision et les représentations mentales. Le désir sexuel n'est donc pas qu'une affaire d'émotions mais renvoie à des mécanismes cognitifs complexes touchant l'imagerie mentale et la vision que nous avons de nous-mêmes.


Dans le cas où le trouble du désir arriverait au sein du couple et ne serait pas une problématique personnelle comme cela peut être le cas dans certains troubles comme l'anorexie mentale, une prise en charge auprès d'un sexothérapeute est indiqué. Celui ci cherchera à évaluer l'état de la relation de couple, sa dynamique ( y a t-il eu des changements personnels ou dans la relation? Qui est à l'initiative des rapports?), l'importance accordée à la sexualité au sein du couple ainsi que les comportements sexuels de chacun (les fantasmes sont-ils en adéquation? existe-il une bonne communication ou certains sujets sont-ils tabous?) et les difficultés environnementales ( travail, santé, famille).


Il est important de savoir si les relations ont toujours été bien vécues et assumées ou si parfois certains actes sexuels sont faits pour fait plaisir à l'autre, par peur d'être rejeté. La personne interroge-t-elle toujours son désir ou pense-t-elle avoir à se soumettre au désir de l'autre par peur de dire non ?



Les troubles de l’excitation sexuelle



Parmi ces troubles, les troubles de l'érection sont les plus étudiés. Ils correspondent à la difficulté partielle ou totale d'avoir une réactivité physiologique permettant l'acte sexuel, que ce soit un trouble de l'érection chez l'homme ou un trouble de la lubrification chez la femme.

Parfois, ce trouble peut être confondu avec le trouble du désir chez la femme.



Les troubles de l'orgasme


Ils renvoient à l'éjaculation précoce et l'éjaculation asthénique (sans orgasme) chez l'homme, à l'absence d'éjaculation (anéjaculation) et à l'éjaculation rétrograde (orgasme sans éjaculation) et à l'incapacité chez la femme à avoir un organisme, même lors d'activité autoérotiques (anorgasmie).


Les causes de l’anorgasmie peuvent être provoquées par des blocages psychologiques et des conflits internes : une éducation dépréciant la sexualité, un manque d’apprentissage érotique avec méconnaissance de son corps et de comment il réagit, une mauvaise image de soi, un manque d’estime de soi, de la peur du vide et de s’abandonner, ou encore par des traumatismes sexuels (violence, viol).


Le thérapeute ne se bornera pas au constat de l'absence d'orgasme car en réalité l'orgasme est un phénomène purement biologique. C'est la raison pour laquelle un orgasme est possible en situation de viol, ce qui bien entendu va culpabiliser énormément les victimes. L'orgasme n'est juste que la conséquences de la stimulation des parties génitales. Ce qui va être recherché dans la résolution des troubles de l'orgasme est surtout la notion de jouissance car souvent ces troubles sont liés à la représentation que la personne a de la jouissance et de son droit à jouir sans culpabilité.


"Il est possible d'avoir un orgasme sans jouir, la jouissance est plus complexe que l'orgasme"

En effet, la jouissance est liée à l'érotisme, à un espace spatio-temporel particulier dans lequel circulent les échanges sensoriels et fantasmes que nous avons avec notre partenaire qui rend la relation unique.


Parfois, notre héritage culturel et social nous empêche de profiter de cette jouissance sans en avoir honte. Se libérer des interdits dans le respect de son partenaire permet de mettre en adéquation jouissance et orgasme.



Les troubles sexuels avec douleur



Parmi ces troubles, nous pouvons citer le dyspareunie et le vaginisme par exemple.


La dyspareunie est une douleur génitale pendant les rapports sexuels. La douleur peut être présente au début de la pénétration (dyspareunie superficielle) ou être ressentie au fond du vagin lors d'une pénétration complète ( dyspareunie profonde). Aussi bien possible chez l'homme que chez la femme, la première cause à rechercher est d'ordre médical. Elle peut survenir à la suite d'une grossesse et d'une épisiotomie, d'une opération gynécologique, de malformations vaginales, d'infections (mycoses, inflammation), d'une irritation en lien avec produits d'hygiène intime ou en lien avec une sécheresse des muqueuses vaginales (souvent le cas à la ménopause). L'endométriose ou la présence de kystes peuvent également expliquer une dyspareunie.


"Ce n'est seulement après avoir écarté toutes les causes médicales possibles pouvant causer une dyspareunie que l'hypothèse psychologique est envisageable mais souvent elle reste secondaire à un évènement médical même ancien."

Le plus souvent, même après le traitement de la cause organique, il se peut que la douleur persiste en raison de l'anxiété que cette douleur provoque. La personne se tend et le corps devient hypersensible. Il est possible de voir apparaitre une vraie phobie du rapport sexuel tant l'appréhension de la douleur est forte. Dans le cas des jeunes femmes activent depuis peu, l'examen gynécologique et l'introduction d'un speculum peut provoquer des douleurs et créer des peurs si elles ne sont pas préparées. Ces douleurs vont être anticipées lors de futurs rapports sexuels.

Le vaginisme correspond à des spasmes involontaires des muscles vaginaux, cette contraction ne permettant pas la pénétration. Le vaginisme pose problème même lors des examens gynécologiques ou le toucher digital.


Le thérapeute cherchera à clarifier plusieurs éléments: existe-il des évènements traumatiques? ( viol, agression, rapport sexuel qui a été douloureux, infections répétées, examen gynécologique, urinaire ou anal brusque), les éléments éducatifs pendant l'enfance (parlait-on de sexualité dans le cercle familial? présence de tabous ou transmission d'un sentiment de culpabilité en lien avec la sexualité? usage abusif du thermomètre? refus de grandir et d'accéder à la féminité?), l'estime de soi et le rapport au corps (présence d'un schéma corporel déformé?, comment la patiente se représente l'intérieur de son vagin? a-t-elle déjà exploré son corps et la façon dont il peut réagir aux stimulations?)


Les troubles sexuels peuvent faire honte et libérer la paroles sur ce sujet est important. La consultation auprès d'un sexologue permet de dépasser les a priori et de travailler sur les représentations que nous avons de la sexualité. N'oublions pas que la jouissance est avant tout une pulsion de vie dont nous devons prendre soin.



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