Borderline : une souffrance incomprise

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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Les personnes qui souffrent du trouble borderline éprouvent de grandes difficultés à gérer leurs émotions, qui sont souvent intenses. Malgré le fait que ce trouble soit bien décrit en psychiatrie, il reste de nos jours encore confondu avec le trouble bipolaire et sa prise en charge nécessite des connaissances spécifiques. Retour sur un trouble complexe


Auteur Photo: sasint (Image libre de droits - Pixabay)



Le terme de borderline est apparu dans le DSM en 1980 bien que plusieurs médecins aient décrits antérieurement ce trouble. Par exemple en 1938, Stern y faisait déjà référence en décrivant des personnes qui n'étaient ni dans la psychose ni dans la névrose mais dans un espèce d'entre deux.


En 1984, Gunderson a décrit certains phénomènes liés au trouble borderline. Il remarque que ces personnes ont un mode de pensée dysfonctionnelle, qu'elles progressent peu en thérapie psychanalytique. Par ailleurs, les thérapies de soutien classique semblent aggraver leurs symptômes.


Aujourd'hui, les critères diagnostiques réunissent une instabilité des relations interpersonnelles et de l'image de soi, la présence d'un symptôme dissociatif ou la présence d'idée de persécution, la peur intense d'être abandonné, des conduites parasuicidaires et des comportements à risques, un comportement impulsif et un sentient chronique de vide.


On observe 5 types de dysrégulations:


- les dysrégulations émotionnelles qui sont des réponses émotionnelles intenses,

- les dysrégulations interpersonnelles amenant à des relations chaotiques et dans le même temps, ces relations vont être difficile à arrêter.


- les dysrégulations comportementales se manifestant par des comportements impulsifs, suicidaires avec la présence de scarifications. Les comportements parasuicidaires sont des comportements intentionnels, causant une atteinte de la peau ou faisant courir un risque mortel. Les scarifications font parties des conduites parasuicidaires. 75% des personnes borderline adopteraient ce type de comportement.


- les dysrégulations cognitives renvoyant à des dépersonnalisations ou un syndrome dissociatif en situation de stress


- les dysrégulations du sens de soi sous tendues par un sentiment de vide quasi constant.


On estime que 3 % de la population générale souffrirait du trouble borderline (Randy et al, 2008). Dans 75 % des cas, le diagnostic est posé chez les femmes avec une forte comorbidité d'état de stress post traumatique.


12 à 33% des suicides selon une étude de Stanley en 2004 serait liés à la présence d'un trouble borderline. Gunderson en 1998 estime que le taux de tentative de suicide chez ces personnes se situent entre 60 et 78% dont 10 % réussiront leur suicide. Les symptômes impulsifs tendent à diminuer à partir de 40 ans mais les troubles anxieux et de l'humeur persistent.



Les dilemmes dialectiques



La thérapie comportementale dialectique (TCD) créée par Linehan est le traitement le plus efficace pour les personnes borderline. Comparativement aux thérapies cognitives et comportementale, la TCD insiste sur le rôle central de la relation thérapeutique, met en lumière les comportements interférant avec la thérapie et s'intéresse aux processus dialectiques.


Les personnes borderline ont une personnalité clivée et fonctionnent en tout ou rien. Ils éprouvent des difficultés à faire des synthèses et à aborder le fait qu'une chose et son contraire est possible. Par exemple, si la personne qui les aime se met en colère contre elle, elle va penser que son ami ne l'aime plus. Elle n'arrive pas à concevoir qu'on peut aimer quelqu'un et être en colère à un instant T en éprouvant des sentiments négatifs envers elle dans le même temps. La pensée fonctionne sur le mode "ou...ou" plutôt qu'en "et...et".


Même si elles ont des difficultés à nommer les émotions, elles ont conscience de leur réactions et comportements irrationnelles. Elles cherchent à changer de façon extrême et non progressive. Ainsi, elles se démotivent et se punissent pour cet échec de changement.

Dans la plupart des cas, les personnes borderline sont relativement stables et compétentes dans leur vie professionnelle où elle se montre confiantes. Or, dans la vie intime, cette assurance apparente n'existe plus.



Une grande souffrance



Les personnes borderline craignent tellement d'être abandonnées ou rejetées qu'elles interprètent les situations à travers ce prisme. Les angoisses s'expriment par le biais de crises extrêmement douloureuses moralement et physiquement pour elles. Afin de faire baisser cette douleur, elles s'infligent des scarifications, très souvent des coupures au niveau des bras ou des jambes, qui ont pour effet d'apaiser la souffrance émotionnelle et psychique par une douleur physique plus concrète. En réalité, même si les scarifications sont impressionnantes, elles sont contrôlées, "dosées" et empêchent certains borderline de passer à l acte suicidaire en remettant une limite et une enveloppe au corps dans un moment où la personne borderline se sent "en morceaux".


"Une personne qui souffre de borderline est un enfant coincée dans sa souffrance, qu'il faut enfin écouter et réconforter. C'est un cri de douleur immense."

Bien qu'il ne faut pas banaliser les scarifications pour autant, elles restent néanmoins un mécanisme de défense ,un rempart à des tsunamis émotionnels et cognitifs. Contrairement à ce que certains auteurs peuvent décrire, les témoignages des personnes borderline rapportent tous que les scarifications n ont pas pour vocation de les détruire mais de les sauver. En ce sens, ce n'est pas un acte auto-destructeur, contrairement à d'autres comportement à risques que nous pouvons retrouvés chez ces personnes. Pour autant, ces actes ne sont pas à encourager.


L'entourage des personnes borderline ne comprennent pas toujours l'intensité des réactions émotionnelles et perçoivent souvent des comportements de manipulation. Même s'il est vrai que la manipulation peut fait partie des stratégies, elle est utilisée uniquement dans le but d'éviter de se sentir abandonnée. Cependant, cela amène souvent les personnes à s'éloigner et donc à donner vie au pire scénario pour les personnes borderline.


Il est important pour les personnes borderline de s'entourer de relations sécurisantes et de limiter les relations ambivalentes le plus possible. Les personnes borderline souffrent terriblement ainsi que leur entourage et il est important pour elles que les diagnostics soient posés et des prises en charge concrètes soient mises en place pour ces personnes afin qu'elles puisent apprendre à mieux gérer leur émotions et surpasser leurs traumatismes antérieurs qui les ont amenés à développer un schéma d'abandon.