La réalité virtuelle au service de la santé mentale

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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La réalité virtuelle est depuis quelques années un nouvel outil dans l'arsenal thérapeutique. Quel est son procédé dans la santé mentale? Pour quelles populations?


Auteur photo : dlohner (Image libre de droit - Pixabay)



Définitions et caractéristiques de la réalité virtuelle



La réalité virtuelle : un ensemble de concepts



Avant d’aborder de façon spécifique le domaine de la thérapie en tant que tel et dans le souci d’une meilleure compréhension des principes, applications et enjeux de la réalité virtuelle (RV) par le lecteur non familiarisé, il semble judicieux d’en définir les concepts de base. Dans le terme « Réalité Virtuelle », nous pouvons tout d’abord dégager trois concepts :


- Le réel désigne tout ce qui existe indépendamment de l’idée et des représentations que nous nous en faisons.

- La réalité fait partie de ce réel dans la mesure où nous reconstruisons ce dernier par nos sens, notre culture, notre langue et nos interactions avec les autres.

- Le virtuel est quant à lui, selon la définition donnée par Berthier (2004), ce qui sans être réel, a avec force et de manière pleinement actuelle, les qualités (propriétés) du réel. Nous pouvons considérer que le virtuel est une expérience réelle et actuelle mais médiatisé par une interface, un objet technique.


La définition de la RV formulée par Fuchs et al. (2003) semble aujourd’hui faire l’objet d’un consensus: “la réalité virtuelle est un domaine scientifique et technique exploitant l’informatique et des interfaces comportementales en vue de simuler dans un monde virtuel le comportement d’entité 3D, qui sont en interaction en temps réel entre elles et avec un ou des

utilisateurs en immersion pseudo-naturelle par l’intermédiaire de canaux sensori-moteur. ».


Cette définition propose que la finalité de la RV soit donc de permettre à un humain d’interagir en temps réel, avec un monde virtuel via des interfaces et des protocoles d’interaction (capteurs de localisation, système de retour d’effort…) basées sur des capacités naturelles (ou acquises) d’action et de perception. Cette interaction avec un monde virtuel permettrait une immersion de l’utilisateur dans cet environnement : interaction et immersion sont deux axes majeurs de la RV.


Interaction, Immersion et Présence


Comme nous l’avons vu, l’interaction de l’utilisateur avec l’environnement virtuel (EV) est assurée par des interfaces comportementales par le biais des canaux sensorimoteurs. Ces interfaces peuvent informer l’utilisateur de l’évolution de l’EV (interfaces sensorielles), et informer l’ordinateur des actions motrices de l’homme sur l’EV (interfaces motrices).


Il existe un large panel d’interfaces comportementales allant du simple couplage écran-souris à des technologies plus complexes et permettant une immersion plus grande. Parmi ces dernières, nous pouvons citer les visiocasques, les trackers, les gants de données (data gloves), les capteurs de localisation ou même les systèmes de visualisation immersive

tel que le système CAVE. L’interactivité signifie alors que l’utilisateur est acteur et non plus seulement spectateur (comme ce fut le cas avec des dispositifs tels que le Sensorama Simulator).


Nous avons à quelques reprises parler d’« immersion » mais qu’est ce cela signifie vraiment ? L’immersion peut être décrite comme « l’état d’un participant lorsque l’un ou plusieurs de ses sens…est isolé du monde extérieur et n’enregistre plus que des informations issues de l’ordinateur (Pimentel et Peixeira, 1994). L’immersion revêt en réalité un caractère technologique plus qu’un état psychologique. On tend plutôt à parler de « degré d’immersion » pour définir le facteur immersif d’une interface sensorielle. Selon Vianin (1995), « l’immersion est une technologie, une technique d’interface entre l’homme et l’ordinateur et contrairement à la présence, elle ne concerne pas l’état psychologique du sujet, l’immersion immerge un sujet dans un environnement virtuel au travers d’informations sensorielles (vue, ouïe, tactilo-kinesthésique). ». Ainsi, idéalement, pour qu’un EV soit immersif, il faudrait que la totalité des sens de l’utilisateur soit continuellement sollicitée par l’EV.


Pour qu’un individu « adhère » à un EV, il faut notamment qu’il puisse interagir avec l’EV et que ce dernier possède un caractère immersif assez grand (richesse et qualité des informations sensorielles) pour qu’il puisse se sentir enveloppé par lui (Witmer et Singer, 1998). Cette adhérence qu’on nomme « présence » renvoie à un état psychologique de l’individu et est déterminée également par d’autres facteurs tels que les attributs personnels de l’utilisateur ainsi que les facteurs de distraction (à quel point l’utilisateur est détourné de l’EV par des distractions du monde réel). « Une forte présence dans le monde virtuel n’est possible que si la présence dans le monde réel est faible » (Slater et al, 1994).


Cependant, toutes les informations sensorielles usuellement présentes dans le monde réel ne le sont pas nécessairement dans un EV. Cette incohérence quand elle est ressentie par les utilisateurs peut entrainer des conflits sensoriels ou « cinétose » empêchant alors le sentiment de présence.



Le phénomène de cinétose



Il est important pour qu’un utilisateur se sente présent dans l’EV que des conflits sensoriels entre l’EV et le monde réel soient réduits. La cinétose, également appelé « mal des transports » ou « mal du virtuel » renvoie à l’ensemble des troubles provoqués chez certains sujets par une immersion dans un EV, un voyage en bateau, en voiture, en train ou en avion. La RV expose inévitablement l’utilisateur à ces conflits sensoriels de divers types. Cependant, ces conflits peuvent faire l’objet de la part du système nerveux central (SNC) d’un processus d’adaptation. Dans certains cas, lorsque l’adaptation est impossible, des effets secondaires tels des vertiges, des nausées voire des vomissements apparaissent


Des études ont montré que la présence est inversement liée à l’apparition de la cinétose (Witmer et Singer, 1998). Ainsi, plus le sujet se sent présent dans l’EV, moins il risque d’être malade. Les symptômes de la cinétose en RV peuvent apparaître essentiellement lorsque l’individu porte un visiocasque. Ils peuvent résulter non seulement de conflits sensoriels comme nous l’avons vu, mais également d’immersions trop prolongées (la durée maximale telle que l’ont défini Jaeger et Mourant en 2001 étant d’une vingtaine de minutes) ou trop rapprochées. De plus, il est utile de préciser que la RV semble contre indiquée dans certaines maladies comme l’épilepsie ou certaines maladies cardiaques. Il paraît alors important de prendre des précautions particulières quand à l’utilisation de la RV, comme celles de se renseigner sur l’état médical des individus, de surveiller et contrôler son état à chaque instant de l’exposition à un EV.

L’usage de la RV n’est pas, comme nous pourrions le croire, réservée au domaine ludique. En effet la première image qu’on pourrait être tenté d’avoir quand on parle de RV est celle du jeu vidéo et notamment des jeux d’arcade ou encore de la console Nintento Wii offrant un système interactif et immersif divertissant et surtout accessible à domicile. Toutefois, la RV a investi d’autres champs de manière parfois spectaculaire…arrêtons nous plus particulièrement sur celui de la santé mentale..


La RV au service de la santé mentale


Différents domaines ont intégré la RV à leurs pratiques respectives comme l’industrie (prototype 3D pour l’automobile…), le médical (opérations assistées avec le Robot Da Vinci…), l’apprentissage (simulateur de vol, visualisation du « microscopique »…), la culture (œuvres d’arts interactifs, reconstruction et visite virtuelle de sites détruits ou inaccessible)…


Ces brefs exemples permettent de constater que cette technologie se trouve être une voie d’avenir pour la réalisation de ce qu’on pensait impossible et ce, dans divers domaines de notre vie quotidienne. L’utilisation de la RV s’est révélée par ailleurs avoir une utilité pour les soins de personnes souffrants de troubles psychologiques. Cette idée, au premier abord semblerait assez surprenante ou confuse; d’ailleurs la thérapie par la réalité virtuelle (TRV) reste assez méconnue chez un large public en France.


"Des études dans le domaine des troubles anxieux surtout, montrent que la réalité virtuelle a légitimement une place dans l’éventail thérapeutique."

Des principes issus des thérapies traditionnelles


Les études sur la TRV se sont principalement tournées vers les troubles anxieux et nous allons voir que celle ci représente un traitement de choix pour ce type d’application. Le choix de la RV dans le traitement des troubles anxieux s’est basé sur des postulats théoriques et méthodologiques des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Celles-ci vont être employées afin de réduire l’anxiété des patients (phobies, tocs…) ainsi que les comportements d’évitements (résultant d’un conditionnement et qui maintiennent le trouble anxieux) mis en place face à des situations redoutées (éviter de sortir, de prendre les transports, de prendre la parole….). Le plus connu des principes utilisés en TCC est l’exposition aux situations anxiogènes (Wolpe, 1975). Celle-ci est en général effectuée de manière graduelle et préparée avec le personne anxieuse et vise à habituer, à désensibiliser ce dernier par présentation prolongée et répétée des stimuli redoutés.


Lors d’une séance d’exposition, on peut globalement distinguer trois phases. La phase 1 renvoyant à l’anxiété anticipatoire (augmentation du niveau d’anxiété juste avant la confrontation),; la phase 2 au plateau d’anxiété (30-45min) ; la phase 3 à la baisse de l’anxiété (qui correspond au phénomène d’habituation). La réponse anxieuse diminuant ainsi en intensité et de façon plus rapide de séances en séances.

Globalement, ces expositions peuvent se faire soit en imagination (la personne imagine la scène sans être réellement confronté à celle ci), soit in vivo (la personne affronte la situation anxiogène dans la réalité). Les avantages proposés par celles-ci ne sont pas négligeables. Chez beaucoup de personnes atteintes de troubles anxieux notamment, ces techniques suffisent. Les expositions en imagination sont par exemple peu anxiogènes (ce qui peut être utile pour préparer une exposition in vivo) et ne présentent pas de problèmes pratiques… Celles in vivo sont efficaces (Canceil et al, 2004) et ont une bonne rapidité d’effet. Cependant, elles peuvent soulever certaines difficultés selon les cas et ce, à plusieurs niveaux. La RV propose alors une autre alternative aux techniques expositions classiques.



Intérêts de la RV



Si on reste dans le cadre des techniques de désensibilisation traditionnelles, on peut s’apercevoir que certaines personnes ont des difficultés à s’imaginer les stimuli anxiogènes, cela se révélant parfois impossible. Par ailleurs, la scène imaginée n’est pas forcément contrôlable par le thérapeute (difficulté pour celui-ci de savoir ce que le patient imagine vraiment, visualisation variable selon les personnes). Pour d’autres, s’exposer in vivo est utopique ou irréalisable soit parce que la confrontation est vraiment pénible, soit parce que l’application pratique est compliquée à mettre en place (c’est le cas pour la peur de l’avion).

La RV peut être utilisée ainsi pour surmonter certaines difficultés inhérentes au traitement traditionnel, puisque l’exposition in virtuo (ERV) qu’elle propose va pouvoir se faire de façon contrôlée, dynamique et interactive en 3D. Pour ceux étant dans l’incapacité d’imaginer les scènes redoutées ou alors ceux trop anxieux pour affronter celles-ci in vivo, la RV se présente comme une bonne option, car flexible, à mi chemin entre « imagination » et « in vivo ». Le thérapeute peut contrôler et moduler les caractères anxiogènes des EVs (spécifiques à chaque trouble) en intensité et en fréquence de façon très rapide, sécurisant ainsi la personne anxieuse. Les situations peuvent donc être ajustées, l’exposition interrompue ou reprise instantanément et répétée à « volonté » sans contrainte d’application pratique.


Par ailleurs, l’immersion sous RV amène ce dernier à vivre cette expérience de façon plus réaliste qu’il ne l’aurait vécue en se l’imaginant (Vincelli et Molinari, 1998).



Efficacité de la TRV



La RV a été expérimentée et évaluée comme outil thérapeutique depuis une vingtaine d’années dans le traitement des phobies particulièrement. Au delà des avantages qu’apporte la RV (coûts réduits, répétitions possibles, modularité des situations, intimité et confidentialité préservées, contexte sécurisant), les études menées visent à montrer l’efficacité de la TRV et certaines d’entres elles se sont aussi attachées à comparer l’efficacité des expositions in virtuo, in vivo et en imagination dans les troubles anxieux essentiellement, tels que l’aérophobie ou la phobie de l’avion ( Rothbaum et al, 2002), l’acrophobie ou la phobie des hauteurs ( Emmelkamp et al., 2001), la phobie sociale (  Klinger et al, 2005), la claustrophobie (Botella et al, 2000), l’agoraphobie avec attaque de panique (Botella et al, 2004), la peur de parler en public (Harris et al, 2002), des phobies spécifiques comme l’arachnophobie (Garcia Palacios et al ; 2002), l’état de stress post traumatique (Rothbaum et al 1999), la phobie de la conduite (Wald et Taylor, 2000

Ne pouvant tout citer, soulignons que globalement, ces études ont montré que les expositions in virtuo sont plus efficaces que les expositions en imagination et au moins aussi efficaces que les expositions in vivo. Les résultats recueillis se basent sur la cotation subjective des paersonnes via des questionnaires adaptés mais peuvent aussi inclure des données physiologiques prises pendant les séances d’exposition (rythme cardiaque, sudation, tremblements…) qui peuvent refléter l’apparition ou non d’une réponse anxieuse.


Des résultats ont montré une efficacité de la TRV également dans les troubles du comportement alimentaire (Riva, 2002), les troubles sexuels masculins (Optale, 2000), les addictions (Lee et al, 2003)…

En psychiatrie, la RV peut ainsi être employée comme un instrument privilégié, qui a le potentiel de combler certaines faiblesses des thérapies classiques même si comme toutes thérapies, elle a ses propres limites que nous détaillerons en fin d’exposé.

Réflexions autour de la TRV


Le transfert des apprentissages

La perception des situations et le comportement du patient dans le monde réel peuvent être modifiés sur la base de ses expériences dans la RV. Ainsi, les sujets phobiques modifient-ils leurs cognitions et apprennent-ils de nouveaux comportements suite à leur expérimentation dans l’EV. Un transfert des acquis ou de l’apprentissage se réalise. La question de la transférabilité de l’expérience (donc la généralisation à la vie quotidienne) et de la nature de ce transfert se pose dans le contexte de la TRV. Plusieurs facteurs favoriseraient l’émergence de ce transfert comme le facteur immersif de l’EV et par extension le degré de présence, le réalisme de l’EV par rapport au monde réel. Même si le succès de transfert a été rapporté par plusieurs auteurs (  Rothbaum et al,2002), il n’en reste pas moins que la nature même de ce transfert reste difficile à expliquer.

En effet, au delà du fait que le patient peut virtuellement faire telle ou telle chose (marcher sans peur de tomber, être dans un avion, regarder dans le vide…) sans un niveau d’anxiété élevé trop fort, il faut qu’il puisse être convaincue que « le succès de son expérience virtuelle prédit sa capacité à assumer une confrontation réelle avec le stimulus phobogène » (Viaud-Delmon et al, 2001). Les états mentaux c’est à dire les croyances en particulier mais aussi les désirs, les intentions…doivent être mobilisées pour assurer une efficacité du transfert. La nécessité d’immerger le patient dans un EV dans laquelle il ressentira un fort sentiment de présence prend dès lors tout son sens. Cependant, comme nous l’avons dit précédemment, des phénomènes de cinétose peuvent venir freiner l’émergence du sentiment de présence. La RV présente alors une de ses premières limite


Les limites de la RV


L’utilisation de cette nouvelle technique qu’est la RV en psychothérapie ne doit pas pour autant faire oublier sa complexité et les risques. North et al. (1998) par exemple formulent des recommandations aux thérapeutes utilisant la RV : le patient doit être assis sur une chaise plutôt que debout ; les séances d’immersion doivent être brèves (15 – 20 minutes), dépasser cette durée risquerait d’entrainer chez le patient des symptômes physiques de malaises et de vertiges. Ces malaises et effets secondaires peuvent perturber l’utilisation de la RV. Ils sont dus aux limites auxquelles les concepteurs font face dans la reproduction de la réalité. Celles ci peuvent être d’ordre technique et concerner le délai temporel entre l’acquisition d’un signal en provenance du patient et sa restitution sensorielle. La réduction de ce délai et la définition d’un délai optimal constituent des thèmes de recherche actuels. De plus, ces limites peuvent être également d’ordre qualitatif et se rapporter à la modélisation des mondes virtuels et leur fidélité par rapport au monde réel. Par ailleurs, ces interfaces ne sont pas toujours adaptées aux besoins spécifiques des patients (parfois trop lourds, trop complexe…) ce qui peut gêner l’interaction de ceux ci.

La RV peut ne pas s’avérer être un outil adapté à chaque trouble ou à chaque patient. Une immersion totalement virtuelle serait impossible, Au delà du défi que peuvent avoir les concepteurs des EV (minimiser les incohérences sensorimotrices, l’effet de cinétose…), on se rend compte que peu de modalités sensorielles sont actuellement sollicitées : il s’agit principalement des modalités visuelles et auditives dans les études recensées. Les recherches en cours visent à s’intéresser aux autres modalités sensorielles. Par ailleurs, il reste difficile actuellement de déterminer les intentions des patients dans un EV, de mesurer et contrôler leurs émotions.

Tous les potentiels de la RV ne demeurent des atouts que dans le mesure où leur utilisation n’entraine pas de nuisance pour les patients. Par conséquent, un contrôle préalable avant la confrontation au monde virtuel semble nécessaire pour évaluer les risques. Par exemple, dans le cas des schizophrènes qui souffrent d’un détachement de la réalité, il est possible que la transition entre un monde virtuel et le monde réel ne fasse qu’accroitre leur confusion (Cartwright, 1994). L’expérience vécue dans un système virtuel ne doit pas mener à la déréalisation. La technologie peut conduire les sujets vulnérables à l’isolement social, préférant les expériences vécues dans le monde virtuel à celles proposées par la réalité. Par conséquence, l’existence de tels risques peut avoir des conséquences sur la pratique clinique.

L’exercice de la TRV


L’attitude des thérapeutes face aux nouvelles technologies est encore trop souvent récalcitrante, du fait par exemple de la crainte d’être remplacés par des ordinateurs ou de l’intrusion de l’ordinateur dans leur relation avec le patient. Cependant, n’oublions pas que la compétence clinique des praticiens n’est jamais remplacée par la technologie. Notons que la réticence des thérapeutes est contrebalancée par une attitude favorable des patients.

Comme toute thérapie, l’idéal serait que la TRV puisse trouver sa place dans le cabinet du thérapeute libéral. Cependant, au vu des couts financiers pour l’acquisition du matériel, cela semble très improbable. De plus en France, au delà d’une certaine méconnaissance, il existe une réelle ignorance de cette thérapie chez les psychologues cliniciens, pourtant en premier ligne pour assurer ces thérapies. Beaucoup d’entre eux avouent ne jamais avoir entendu parlé de cette technique. Le manque d’informations et la relative absence des médias à ce niveau (et cela touche également les thérapies comportementales et cognitives) favoriserait cet ignorance. La pratique courante de la TRV n’est faite que par très peu d’équipes cliniques pour lesquelles les préoccupations de recherche sont omniprésentes. Cette pratique n’est pour l’instant pas rentrée dans les mœurs, particulièrement en France.

Les avancées technologiques permettent d’envisager de nouvelles perspectives de recherche dans le cadre thérapeutique des troubles anxieux mais également des troubles de la cognition, du comportement ou dans le domaine de la rémédiation cognitive.

La RV représente un domaine qui peut, en raison de ses avantages (interactivité, facteur immersif, contrôle par le thérapeute des stimuli, répétitions sans fins, intimité du patient…) être appliqué non seulement dans le cadre de thérapies contre des troubles anxieux diverses mais elle pourrait également s’étendre à d’autres pathologies psychiatriques (Tocs, stress post traumatique, troubles du comportement alimentaire…). Des études sont nécessaires afin de vérifier l’efficacité de cette méthode sur de grands échantillons de patients …Même si les données tendent à montrer en TRV une efficacité similaire des expositions in virtuo vs exposition in vivo dans le traitement des troubles anxieux, pour autant, les questions sur la nature du transfert des acquis entre le monde virtuel et le monde réel restent posées.

L’intervention de multiples cultures dans le monde de la RV : ingénierie, sciences cognitives, psychiatrie, sciences de l’éducation…permet de penser à une pluralité des applications de la RV. Dans le cadre de la santé, elle s’intéresserait par exemple à la question de la réhabilitation cognitive chez des patients neurologiques ou même à celle du handicap moteur comme technique de rééducation…Néanmoins, nous avons vu que le recours à la RV avait également certains inconvénients qui ne sont pas encore contrôlables à l’heure actuelle : c’est le cas par exemple des phénomènes de cinétose qui rend impossible l’utilisation de la RV

Comme pour d'autres technologies, la RV n'offre pas de perspectives intrinsèquement bonnes ou mauvaises, mais apportera probablement son lot des unes et des autres. Espérons plutôt qu'elle constituera ce nouveau laboratoire de l'esprit. Il est important ainsi que tous les intervenants (sciences de l’information et de la communication, sciences cognitives, praticiens...) de la RV peuvent faire pour qu'il en soit ainsi.


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