L'anorexie mentale, boulimie: les signes des troubles du comportement alimentaire

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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L'anorexie mentale se définit par une obsession et une peur intense de grossir. Elle peut être restrictive ou être accompagnée de crises de boulimie et/ou rituels de purge. Comment se manifestent les troubles du comportement alimentaire?


Auteur photo: StockSnap (Image libre de droit - Pixabay)



De l'enfance...

Les troubles du comportement alimentaire peuvent exister chez le bébé et l'enfant. Cependant, avant l'âge de 6 mois, une cause médicale est toujours à rechercher auprès du pédiatre. Les parents se plaignent que leur enfant refuse de manger (en quantité suffisante, refus de manger des aliments solides, de gouter des nouveaux aliments...). Ce dysfonctionnement alimentaire de base (avant 6 mois) nécessitant une évaluation pédiatrique peut être :

- Un appétit pauvre ou fluctuant qui est variable selon les bébés


- Des difficultés sensorielles dans la sphère oro-pharyngée entrainant une hypersensibilité de la région buccale, une hypersensibilité à la consistance ou à la température des aliments ou à la texture ou une hyposensibilité entraînant une absence du réflexe de sucer ou mastiquer.


- Des problèmes de motricité oro-pharyngé entraînant une inefficacité du réflexe de succion et de mastication (faible tonus musculaire ou mauvaise coordination)

Les blocages d’ordre psychologiques de l'enfant face à la nourriture naissent de l’existence d’un fonctionnement alimentaire problématique en lien avec des réponses inadaptées des parents face à ces difficultés (câlins excessifs, menaces, supplications…) qui peuvent venir renforcer le refus de l’enfant à s’ alimenter.

Parmi ces troubles alimentaires chez les enfants, nous retrouvons les troubles causés par un état de stress post traumatique (lié à une intubation, une sonde nasogastrique, une fausse route, des vomissements...), l'anorexie infantile, les néophobies alimentaires (refus d'ingurgiter tout nouvel aliment inconnu), ceux causés par un trouble de l'attachement mère-enfant (carence affective et pauvreté des échanges avec celle-ci), le mérycisme (régurgitation répétée du bol alimentaire), le syndrome de Pica (absorption répétée d'éléments non alimentaires: craie, terre, savon...) ou encore la coprophagie.


Les différentes formes de TCA chez l’enfant :



Le bébé peut souffrir d'un TCA post traumatique portant sur le système oro-pharyngée ou l’œsophage. Cela peut être le cas suite à une intubation, des vomissements, des fausses route par exemple. Le bébé va développer une anxiété anticipatoire par rapport au repas et va chercher à éviter tout ou en partie l'alimentation.


Lors du passage à la cuillère (6/7 mois), le bébé peur tout simplement refuser de manger de façon durable. C'est l'anorexie infantile. Les parents se sentent souvent démunis face à ce comportement et les interactions avec bébé lors des repas peuvent devenir conflictuelles et anxiogènes. Il existe une forme atténuée d'anorexie (néophobie alimentaire) se manifestant par le refus de manger tout aliment inconnu et ne manger que des aliments bien connus et sélectionnés.


Ceci est à différencier des petits mangeurs. Certains bébés se montrent très tôt très sélectifs sur l'alimentation et mangent en petite quantité. Ils peuvent introduire des aliments non connus. A partit du moment où cela n'entraine aucun retard de développement ni de signe de malnutrition, cela n'est pas inquiétant.


Nous pouvons retrouver également un TCA chez l'enfant dont le parent est négligent, maltraitant. Les échanges sont pauvres et il existe une véritable carence émotionnelle. Ce sont les TCA type trouble de l'attachement.


" Le comportement des enfants face à la nourriture peut être fluctuant et ceci est parfaitement normal. La consultation pédiatrique sera nécessaire si le comportement sélectif ou le refus de manger dure et qu'il y a une perte de poids"

Si l'enfant se sent sécurisé par le parent qui le nourrit car la relation est plaisante pour lui, entremêlés de sourires, de contact visuel par exemple, il va développer un type d'attachement sécurisé (l'enfant peut compter sur le parent) ce qui favoriser l'exploration de l'environnement et la diversification alimentaire. Globalement, nous distinguons trois types d'attachement:


- l'attachement sécurisé: l'enfant comprend qu'il peut compter sur ses parents pour être consolé, nourri, changé etc. Il va considérer que l'autre est fiable et se sentir en sécurité ce qui va lui renvoyer une bonne image de lui-même. Les enfants sécurisés arrivent plus facilement à se séparer de ses parents et à explorer son environnement.


- l'attachement insécure ( ou ambivalent): l'enfant peut parfois compter sur ses parents mais constate que ceux ci ne sont pas toujours présents sans raison apparente (parents indisponibles, parents qui se mettent en colère au lieu de rassurer). Ces fluctuations dans les réponses apportées à l'enfant sont imprévisibles et répétées. L'enfant finit par ne plus savoir s'il peut compter sur ses parents et quand. La séparation devient chez ces enfants plus angoissante et problématique.


-l'attachement évitant : l'enfant ne peut pas compter sur ses parents qui se montrent continuellement agressifs, absents ou négligeants. Son modèle de fiabilité est " je ne peux compter sur personne". Pour faire face à l'environnement, il va se protéger en mettant en place des rapports de force et de contrôle en inhibant ses émotions.



...à l'adolescence et à l'adulte



Les deux grands troubles retrouvées à l'adolescence et à l'âge adulte sont l'anorexie et la boulimie. On peut également retrouver une hyperphagie et des variants: l'hyperphagie nocturne, les fringales de sucre (souvent lors des dépressions saisonnières), la chocolatomanie


Le DSM définit l'anorexie mentale (AM) comme le refus de maintenir le poids au niveau ou au-dessus d’un poids minimum normal pour l’âge et pour la taille (p. ex., perte de poids conduisant au maintien du poids à moins de 85% du poids attendu, ou incapacité à prendre du poids pendant la période de croissance conduisant à un poids inférieur à 85% du poids attendu).L'AM est liée à une peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le poids est inférieur à la normale. La perception du poids ou de la forme de son propre corps est altérée. Chez les femmes postpubères, nous observons une aménorrhée c’est-à-dire l' absence d’au moins trois cycles menstruels consécutifs.


Le DSM distingue deux types d'AM:

- le type restrictif correspond à l'absence de crises de boulimie, de vomissements provoquées ou de prises de purgatifs

- le type avec crises de boulimie/vomissements ou prises de purgatifs : pendant l’épisode actuel d’anorexie mentale, la personne a, de manière régulière, présenté des crises de boulimie et/ou recouru aux vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs.


Le premier cas d’AM est rapporté en 1689 par un physicien britannique, Richard Morton . Ce dernier décrit une jeune femme de 20 ans qui ne s’alimente plus depuis 2 ans et présente un état de maigreur extrême ainsi qu’une activité physique et intellectuelle excessive. La jeune femme décède quelques mois après. Considérée initialement comme une pathologie organique, ce n'est qu'en 1937, par les travaux de Sheehan, que l'AM est compris comme un trouble multifactorielle avec une forte composante psychologique.


L’AM toucherait environ 1.8% des femmes entre 15 et 25 ans et 1.4% entre 26 et 45 ans. On retrouve 94 à 97% de femmes (15 à 18 femmes pour 1 homme).Toutes les couches sociales sont touchés ainsi que tous les pays, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. Par ailleurs, on retrouve 5 à 9% de décès; la mort ne survenant pas dans un contexte suicidaire mais dans un contexte de toute puissance et de contrôle.


Caractéristiques principales


Lasègue décrit trois principales caractéristiques de l'AM: la triade des AAA


-L'amaigrissement: la perte de poids peut aller de 15-20 kilos en quelques mois. donnant un aspect cachexique évocateur de l'AM (corps anguleux, décharné, fonte musculaire, disparition des formes féminines.

-L'anorexie renvoyant à une obsession de maigrir accompagnée d'une lutte contre la faim.. Celle ci va perturber la perception de l'image du corps.

-L'aménorrhée : l'absence des cycles menstruels. constante et coïncide avec le début

de l’anorexie dans 60% des cas.


En plus de cette triade, nous retrouvons d’autres attitudes caractéristiques. Les personnes anorexiques sont dans le déni de la maigreur et s'inquiètent peu de leur santé. Les vérifications prennent une place importante. Elles se pèsent souvent, prennent leurs mensurations, contrôlent la prise de calories de peur de grossir. La grossesse est de fait une période très anxiogène. Elles ont des rites alimentaires en triant les aliments et en allongeant la durée des repas. Malgré le fait d'avoir peur de grossir, elles aiment nourrir les autres et présentent un véritable intérêt pour les recettes de cuisine par exemple. Par ailleurs, le sport et les exercices sont réalisés de façon excessive dans un désir de contrôler la fatigue. Cette hyperactivité peut entrainer des malaises ou des troubles cardio-vasculaires.


Les personnes anorexiques surinvestissent la sphère intellectuelle au détriment de la dimension émotionnelle, créative et sexuelle. Elles n'ont pas d'activités autoérotiques et ne ressentent pas ou peu de désir sexuel par volonté de contrôler le moindre mouvement du corps.



La boulimie



Le DSM décrit la boulimie comme la présence d'épisodes récurrents d’hyperphagie incontrôlée. Ces crises consiste en la prise alimentaire, dans un temps court inférieur à 2 heures, d’une quantité de nourriture largement supérieure à celle que la plupart des personnes mangeraient dans le même temps et dans les mêmes circonstances. La personne boulimique va chercher à éviter la prise de poids par des rituels de purge (vomissements, laxatifs, jeûnes) ou par la pratique du sport à outrance.


La boulimie touche 5 à 7 femmes pour 1 homme. L’âge de survenue se situe vers la fin de l’adolescence (18-20 ans) et on compte 1.1% dans la population féminine et 0.2% dans la population masculine.


Les crises boulimiques peuvent survenir plusieurs fois dans la journée et se déroulent en dehors du regard des autres, en cachette. Les personnes boulimiques, pendant la crise vont manger tout ce qui lui tombe sous la main. Elles ont même des difficultés à nommer ce qu'elles ont mangé.


Nous décrivons trois phases dans la crise boulimique. La première correspond à la période d'excitation préalable. caractérisée par une tension causée par une pensée négative (sentiment de solitude exemple, stress...) laissant place ensuite à la deuxième étape qui est l'accès boulimique. Enfin, vient la fin de la crise quand il n’y a plus rien à manger ou

lorsqu' une tierce personne intervient. La crise se termine par des douleurs, un étouffement ou une sensation de dépersonnalisation (céphalées, nausées, douleurs gastriques, gonflements, fatigue importante) avec remords, inquiétude, culpabilité, honte, autodépréciation d’être grosse et difforme et d’avoir perdu le contrôle de soi-même envahissent le champ de pensée ruminations anxieuses..



L’hyperphagie



Il s'agit de la surconsommation de nourriture survenant pendant les repas (hyperphagie prandiale) ou entre ceux-ci (hyperphagie interprandiale). La personne hyperphage ne mange en général pas dans l’urgence et la précipitation contrairement à la personne boulimique et ne met pas en place de rituels de purge. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les personnes hyperphages souffrent de surpoids.


Il existe quelques variants à l'hyperphagie. L'hyperphagie nocturne consiste en l'absorption incontrôlée de nourriture la nuit et sans souvenir précis le matin d'avoir véritablement mangé. Les fringales de sucre sont constatées durant les dépressions saisonnières et sont à différencier de l'hyperphagie et de la boulimie. Enfin, la chocolatomanie (absorption en grandes quantités de chocolat) surviennent dans des situations de stress.

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