Comment et pourquoi parler à son enfant intérieur ?

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Lorsque nous étions enfants, nous avions tous des projections de nous dans l'avenir. Lorsque nous grandissons, nous n'arrivons pas toujours à correspondre à ce que nous aurions attendu de nous-mêmes plus jeunes, soit parce que n'avons pas réussi à surpasser certains traumatismes en étant adultes, soit parce que nous avons oublié l'enfant que nous avons été. Cependant, quoique nous fassions, cet enfant semble rester à l'intérieur de nous que nous le voulions ou non et il est nécessaire d' y prêter attention. Petit guide pour coexister avec nous-mêmes.


Auteur Photo: Stocksnap (Image libre de droits - Pixabay)



A la question: "Aimez vous l'enfant que vous avez été?", certains répondront : "oui il était sympa!", d'autres diront : "je ne sais pas" ou "non, je veux pas le voir, il souffrait trop" et enfin d'autres s'effondreront en larmes, touchés par le fait que quelqu'un s'intéresse enfin à ce petit être.


Grandir, ce n'est surtout pas laisser derrière l'enfant que nous avons été, quoiqu'il est pu vivre. Cet enfant représente nos émotions, nos besoins, nos désirs. La plupart des gens qui répondent qu'ils n'aiment pas cet enfant font surtout référence aux évènements qu'il a pu vivre: maltraitance, moquerie, timidité...et le voient comme faible ou triste. Ils pensent qu'en l'oubliant, les souffrances s'atténueront car cet enfant est associé à cette douleur. Mais cet enfant reste là, à l'intérieur, et se manifeste quoique nous fassions.


Ainsi, la première chose à faire est de le voir comme un enfant qui a vécu des évènements qui l'ont fait souffrir mais il n'est pas cette souffrance. Il a des besoins comme n'importe quel autre enfant: celui d'être en sécurité, consolé, aimé même s'il n'arrivait pas le communiquer ou même si personne ne l'entendait.


"Notre enfant intérieur est celui qui peut nous donner la force de nous vouloir nous protéger et nous aimer. Nous devons agir avec lui comme s'il était la personne la plus précieuse au monde et lui apporter la bienveillance que d'autres n'ont pas su lui donner."

Si devenus adultes, nous ne l'écoutons toujours pas, qui le fera?



Passez du temps avec lui



Visualisez le à l'âge que vous souhaitez et passez une semaine complète avec lui. Emmenez le partout avec vous. Vous n'êtes pas obligés de lui parler. L'essentiel est que vous arriviez à le voir en mouvement, tel que vous l'imaginez. Si vous faites la cuisine, jouez avec vos enfants, êtes au travail, dans le bus, marchez dans la rue, imaginez le à coté de vous. Avant de dormir, visualisez le en train dormir à vos côtés. Que ferait-il? Arrivez-vous à le voir jouer? sourire? ou reste-t-il dans son coin, l'air triste? Qu'éprouvez vous à le voir et à passer du temps à ses côtés? Cette semaine d'observation vous aidera déjà à vous rendre compte de l'image que vous avez de lui et de ce qu'il faut changer.



Communiquez avec lui



Vous allez chercher à savoir ce que cet enfant souhaite dire: qu'est ce qui le fait souffrir? Quelles questions se pose t-il? Est ce qu'il vous en veut? Ainsi, vous allez écrire tout ce qu'il aimerait dire sur un évènement précis ou sur la vie en général. Donnez lui la parole, osez le laissez s'exprimer. Pour cela, voyez cet enfant assis dans un endroit particulier ( cours d'école, chambre, plage etc) et imaginez que vous, adulte, allez vous asseoir à côté de lui. Posez lui la question : " es-tu heureux?" et écrivez sa réponse. Si les émotions vous envahissent, cela est tout à fait normal. Enfin une personne qui lui donne le droit de s'exprimer comme il en a besoin, enfin quelqu'un pour l'écouter.


En thérapie, les écrits que nous sont livrés sont toujours extrêmement touchants, authentiques et sensibles. A ce stade du travail, beaucoup nous disent qu'ils ne savent pas quoi lui dire, ni comment le réconforter. Il est vrai que ce n'est pas un exercice facile mais une fois que nous trouvons quoi dire et quoi faire, la connexion se fait plus facilement et certains mécanismes de défense lâchent.


Communiquer, ce n'est pas simplement dire mais c'est aussi faire, par les gestes. Remettez vous dans la tête d'un enfant, de quoi a t-il besoin? Avant même de savoir quoi dire, il faut apprendre à prendre cet enfant dans ses bras, à lui faire un câlin, à le contenir afin qu'il se sente en sécurité et enveloppé. Ainsi? retournez avec lui dans le lieu que vous avez imaginez et prenez le dans vos bras. Faites avec lui ce que vous auriez aimé que d'autres fassent à son âge. Soyez sa mère ou son père avec bienveillance. Votre rôle est de le protéger.


Vous êtes désormais proche de cet enfant et ne le rejetez plus car vous acceptez qu'il ne soit qu'un enfant. Surtout, comprenez que lorsque vous riez, vous amusez, c'est aussi lui qui s'exprime. C'est grâce à cet enfant qui représente vos émotions et votre pulsion de vie que vous pouvez le faire. Désormais, il va falloir lui parler, mettre des mots. C'est l'étape la plus difficile. Elle se fait petit à petit et prend du temps pour trouver les bons mots, ceux qui rassurent.


Reprenez les écrits que vous aviez faits lorsque vous lui avez donné la parole et retournez sur le lieu que vous avez imaginé. Ecrivez un dialogue cette fois entre lui et vous avec pour objectif de rassurez cet enfant. Il vous faudra être empathique avec lui et lui expliquer pourquoi vous n'êtes pas devenu celle ou celui qu'il avait espérer (si c'est le cas), pourquoi vous l'avez mis de côté pendant des années et lui demander pardon, répondre à toutes ses questions sans le juger et surtout lui assurer qu'il n'est pas seul et que vous êtes là désormais.


Les mots seront difficiles à trouver. Parfois, vous aurez des blocages mais dites simplement ce que vous auriez eu besoin d'entendre. Ce sont souvent des mots simples qui peuvent être tellement dur à dire. Aménagez vous du tems pour écrire ce dialogue. Au fur et à mesure des écrits et des visualisations, vous arriverez à vous connecter parfaitement à cet enfant et à conclure que vous êtes deux, indivisibles et surtout plus forts.



Le dialogue intérieur



A chaque fois que vous ressentez des émotions déplaisantes, une angoisse, une tristesse par exemple, imaginez que c'est cet enfant qui ressent ces émotions. A chaque fois, visualisez le et parlez lui (gestes et/ou mots) et aidez le à accompagner ses émotions en lui disant que son ressenti est normal, qu'il ne faut pas en avoir honte et que vous êtes là pour le soutenir.


N'oubliez pas que lorsque vous avez des pensées négatives envers vous-mêmes (" je suis nul", "je ne sers à rien") ou que vous vous faites du mal, c'est à cet enfant que vous dites ca, c'est à cet enfant que vous faites du mal. Ainsi pour bien le réaliser, imaginez le en face de vous et dites lui "tu es nul", "tu ne sers à rien". D'un coup, vous comprendrez que ce n'est pas ce que vous avez envie de lui dire. Vous réaliserez particulièrement la violence que vous vous infligez.


L'exercice du dialogue intérieur prend du temps car il demande de remettre en cause des comportements et des perceptions de nous-mêmes parfois bien ancrés. Cette déconstruction oblige à une reconstruction qui, quand elle est bien menée, aide énormément à trouver une cohérence interne et surtout à s'accepter telle que nous sommes et changer ce que nous souhaitons faire évoluer.


Vous pouvez faire cet exercice chez vous ou si cela est trop difficile ou soulève trop d'émotions, des psychologues peuvent vous accompagner, vous et votre enfant intérieur à vous retrouver. Ainsi, sans doute que face à des épreuves à venir, vous serez mieux armés pour vous faire face car n'oubliez pas que nous ne pouvons protéger que ce que nous aimons.