Les thérapies cognitives et comportementales : quels principes?

Dernière mise à jour : 24 juil. 2021

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Les thérapies cognitives et comportementales (Tcc) ont pour objectif initial de cibler les comportements problèmes, les pensées dysfonctionnelles et d'aider à l'identification et la reconnaissance des émotions ainsi que la compréhension de leur fonctionnement. Comment se déroulent ces thérapies? Sur quels principes?


Auteur photo: Sovavisimost (Image libre de droit - Pixabay)

En ciblant les différents facteurs qui peuvent influer sur un comportement, une pensée ou l'émergence d'une émotion particulière, l'idée est de permette à la personne une meilleure prise en compte de ses besoins pour s'adapter au mieux à une situation qui peut poser problème.

"En réduisant l'intensité et la fréquence des symptômes physiques liées à l'angoisse et au stress, par des exercices de relaxation, de respiration et d'expositions, l'idée est de permettre à la personne d'expérimenter un processus d'habituation afin que ce qui peut lui faire peur de façon irrationnelle, redevienne moins chargé émotionnellement."

Le processus d'exposition n'est pas toujours simple car la personne fuit justement ce à quoi elle est censée s'exposer. C'est la raison pour laquelle cette exposition doit être progressive et préparée à l'avance avec le psychologue. Dans certaines situations, le psychologue peut être amené à accompagner la personne à l'extérieur afin de s'exposer à la situation problème. Le recours à des images et des vidéos peut être nécessaire au préalable afin de permettre une meilleure préparation. En parallèle, le travail cognitif permet une meilleure compréhension des schémas de pensées (pensées catastrophes, négatives, irrationnelles) et aide à élaborer des pensées plus adaptées, alternatives face à une situation donnée.



Les principes de ces thérapies



Les Tcc trouvent leur origine via le courant behavioriste, les théories de l'apprentissage et du traitement de l'information.



Les formes du conditionnement



Un des premiers principes sur lequel les Tcc se fonde est le concept de conditionnement classique et opérant.


Le conditionnement classique découvert par Pavlov, correspond au fait d'associer un stimulus à la base neutre à une réponse émotionnelle (manifestation physique). Cette association se fait par apprentissage. Si nous présentons par exemple un son neutre (sonnerie par exemple) suivi de l'image d'un animal qui nous fait peur (tarentule par exemple), au bout d''un moment, il ne sera plus nécessaire de voir l'image pour avoir des sensations physiques de peur. Le fait d'entendre la sonnerie suffira pour provoquer la peur. Le cerveau va associer automatiquement le stimulus neutre à la réponse comportementale.


Lors d'une vraie situation de danger, l'amygdale (module d'alerte situé dans le système limbique) s'active et court circuite le néocortex (permettant el raisonnement) dont le cortex préfrontal. Ce système réflexe et très rapide nous permet de réagir sur un mode survie face à un danger ( fuir, combattre ou s'immobiliser). Les personnes qui présentent des phobies par exemple fonctionnent sur ce mode émotionnel automatique et n'arrivent pas à faire intervenir un processus de traitement de l'information plus conscient.


Le conditionnement opérant décrit par Skinner propose que nous agissons sur notre environnement et qu'en fonction des conséquences, nous allons adapter nos comportements. Si les conséquences sont perçues comme positives, nous allons chercher à les répéter: c'est le renforcement positif. Par exemple, nous rendons un service à une personne, cette personne nous remercie et nous complimente, cela va nous renforcer et nous encourager à répéter cette action. Par contre, si les conséquences sont négatives, nous allons éviter la situation: c'est le renforcement négatif . Enfin, si nos actions n'entrainent aucune conséquences, nous aurons tendance à stopper nos actions: c'est l'extinction.

Dans le cas des troubles anxieux, les personnes associeraient un stimulus initialement neutre: métro par exemple, à une émotion de peur (conditionnement classique). Cette mauvaise association est fixée en mémoire et conduirait à éviter le stimulus afin de ne pas être confronté à la peur (renforment opérant). Ces attitudes vont augmenter la peur: plus nous évitons, plus nous aurons peur. Les Tcc vont avoir pour objectif de faire baisser l'angoisse et d'éliminer les comportement d'évitement.


Le principe d'exposition


L'idée de l'exposition est d'amener les personnes à se confronter aux situations qui leur font peur. Cet exercice ne se fait pas de façon anarchique au risque d'aggraver les troubles anxieux. Le psychologue organise les exercices d'exposition en faisant en sorte qu'ils soient progressifs, répétés et prolongés. Lorsque les expositions dans la vie réelle génèrent trop d'angoisse, le psychologue peut préalablement organiser des expositions dit "en imagination", via des images ou de vidéo ou par le biais de la réalité virtuelle.


Lors d'une séance d'exposition, l'angoisse va monter, atteindre un plateau et redescendre progressivement. Le psychologue hiérarchise les situations anxiogènes sur une échelle de 0 à 10 (0= pas d'angoisse, 10= attaque de panique). Les expositions commencent toujours par les situations les moins anxiogènes. Nous considérons que la séance d'exposition est réussi à partir du moment où l'angoisse baise de 2 points en fin d'exposition. Plus la personne va s'exposer, plus l'angoisse va diminuer en intensité et en fréquence.

La relaxation, le mindfulness, la cohérence cardiaque sont des méthodes qui peuvent être utilisées afin de faciliter les expositions.


Les schémas cognitifs et les distorsions cognitives


Les Tcc ne parlent pas d'inconscient (terme souvent utilisé dans les théories analytiques) mais préfèrent parler d'automatisme. Beck définit un schéma cognitif comme une structure

de pensées qui va sélectionner et traiter des informations de façon automatique. Les Tcc vont avoir pour objectif de transformer ces pensées automatiques au profit d'un traitement de l'information plus contrôlé et conscient.


Les cognitions (pensées) peuvent être biaisées, faussées .Elles peuvent se porter sur soi (" je suis nul"), sur l'environnement (" les gens sont méchants") et/ou sur l'avenir (" il n'y a pas d'espoir"). C'est la triade de Beck. La prise de conscience de ces distorsions est la première étape afin de pouvoir les modifier. Les Tcc listent 10 types de distorsions cognitives:


- La pensée dichotomique : il s'agit de pensée en tout ou rien, sans nuance ("si mon ami ne me répond pas de suite, c'est qu'il ne m'aime pas ")

- La surgénéralisation : la personne va tirer des conclusions sur la base d'un seul évènement négatif ("mon ex m'a quitté, je ne réussirai jamais à rencontrer quelqu'un qui restera avec moi")

- L'abstraction sélective consiste à ne garder en mémoire que les informations négatives quand bien même il y aurait majoritairement des informations positives (" mon mariage a été gâché car il manquait une des animations")

- La disqualification du positif : Toutes les expériences sont détournées en expériences négatives ("il me dit que je suis belle mais il n'est pas objectif, je sais qu'il dit cela juste pour me faire plaisir même si c'est faux")

- Les conclusions hâtives : il s'agit d'interpréter de façon négative des comportements (" une personne m'a regardé dans le bus, elle a dû se dire que j'étais la personne la plus laide qu'elle ait vue ")

- L'exagération et la minimalisation : La personne minimise ses succès (" c'est de la chance") et maximise ses erreurs.

- Le raisonnement émotionnel : il s'agit de tirer des conclusions sur soi à partir d'un sentiment (" je me sens triste, c'est que je suis faible").

- Les fausses obligations : Tout passe par l'idée qu'on doit, il faut...(" je dois faire le ménage") de ressentiment, et à l'idée que l'on est la seule personne à se conduire convenablement.

- L'étiquetage : ce sont des jugements définitifs et émotionnellement chargés que l'on porte sur les autres ou sur soi-même. ( "Cette personne est un monstre.")

- La personnalisation : se sentir responsable du comportement des autres.


Ces distorsions cognitives sont sous tendues par des schémas cognitifs. Ceux ci sont des structures de pensées ancrés profondément chez un individu et ne sont pas toujours faciles à mettre en lumière. Ces sont ces schémas qui nous amènent à avoir des pensées erronées sur le monde, sur les autres et/ou sur nous-mêmes (schéma d'abandon, schéma de perfection par exemple). De base, les schémas de pensées nous aident à apprendre et anticiper l'avenir mais ils peuvent devenir handicapants s'ils sont trop inflexibles et réducteurs. C'est ce qui nous amène à avoir des préjugés et un regard très tranché.


Les Tcc auront pour rôle de nommer ces schémas via certains outils comme la technique de la flèche descendante et d'aider à déconstruire ces schémas biaisés.



L'importance de traiter le symptôme



Les séances peuvent être individuelles, groupales, familiales ou en couple. Les Tcc sont réputées être brèves (10 à 25 séances) mais elles peuvent durer plus longtemps en fonction de la durée du trouble, des comorbidités, des éléments de vie qui peuvent survenir au cours de la thérapie.


L'alliance thérapeutique reste essentielle dans ce type de thérapie. Une approche collaborative doit s'établir entre patient et thérapeute puisqu'il s'agit d'un travail d'équipe où l'interaction est primordiale.

Les Tcc ont fait l'objet de critiques dans le monde de la psychologie, car elles ont été réduites à l'idée que l'être humain pouvait être conditionné et déconditionné, en se basant sur le modèle animal "stimulus-réponse", ce qui enlèverait à l'humain sa subjectivité. Il serait illusoire de penser que cette part d'automatisme n'existe pas et ce serait également méconnaitre les connaissances scientifiques et médicales dans ce domaine. L'être humain ne se résume pas bien entendu pas à des réflexes conditionnés, qu'il suffirait, par des techniques, de déconditionner et réconditionner d'une autre façon. Cependant, une prise en charge globale nécessite également une prise en compte de ces processus de conditionnement et de la composante biologique qu'ils supposent. cela passe par la maitrise des symptômes et leur régression. Aider à retrouver une liberté d'action, de décision et une flexibilité mentale suffisamment souple dans la vie quotidienne via les Tcc, c'est aussi répondre aux demandes des personnes sur les symptômes qui peuvent les invalider mais c'est apprendre également à se connaitre sur des dynamiques émotionnelles, comportementales et cognitives, en amont ou en parallèle des dynamiques plus interprétatives de mise en sens de tout une histoire personnelle et des affects qui en résultent. Cette dernière est utile, tout en restant cadrée, mais son objet, si elle ignore les aspects plus biologiques du fonctionnement humain, ne sera pas de traiter des symptômes, surtout si ceux ci ne sont vus exclusivement sous l'angle de "ce qui se cache derrière le symptôme".